L'A.S.U.

Naissance de l’A.S.U.

Pendant longtemps, et en particulier jusqu’à la mort de Georges Darmois en janvier 1960, en dehors de quelques cas  isolés comme à Lyon et à Toulouse, presque toute la statistique, enseignement et recherche, était localisée à Paris (en particulier à l’ISUP).
Après les années 1960, des centres d’enseignement et de recherche se développèrent comme à Toulouse, Lyon, Nancy, Grenoble... sans autres liens que ceux qu’entretenaient leurs « patrons ». En 1969, à l’initiative de Roger Huron et Daniel Dugué, une première réunion d’une trentaine de statisticiens universitaires eut lieu à Toulouse. Le but était, en particulier, de mettre en contact universitaires enseignants et chercheurs dispersés et de jeter les bases d’une Association de Statisticiens Universitaires (A.S.U.).  
Le 1er juin 1970, toujours à Toulouse, sous la présidence de Gustave Malécot, de Lyon, se réunirent 43 participants sur les 47 répertoriés : Toulouse 16, Lyon 10, Paris 9, Orléans et Pau 2, Grenoble, Nancy et Rennes 1. Après une séance plénière sur la préparation de l’Assemblée Constituante de l’Association et l’élaboration des statuts, il fut examiné en travail de commission :
  1. enseignement de la statistique, programmes et méthodes 
  2. liaisons entre Université et secteur de production. Relations avec l’étranger 
  3. problèmes de personnel (recensement des besoins, carrières, comité consultatif)

7 et 8 novembre 1970 à Lyon

Après une journée de communications scientifiques et un inventaire des enseignements, l’Assemblée Plénière procède à l’élection d’un conseil provisoire (Président : Gustave Malécot; Secrétaire : Jean-Louis Boursin) et vote les statuts qui seront déposés en février 1971 à la Préfecture de Police de Paris, le siège social retenu étant l’Institut Pédagogique National, rue d’Ulm. 
Cette réunion sera considérée comme « les premières Journées de l’A.S.U. » et 1970 comme l’an zéro des statuts. 

27 mars 1971 à Orléans (2èmes Journées)

  1. Election du premier Conseil statuaire  Président : Gustave Malécot (1971-1973) ; Secrétaire : Jean-Louis Boursin ; Trésorier : Guy Heuze ; Membres Elus : Jean-René Barra, Henri Caussinus, J-M. Lemarié, Georges Morlat, Jean-Louis Rigal, Mme F. Virtel. 
  2. Conférence : Autopsie du hasard par J-L. Boursin 
  3. Tables rondes sur l’enseignement de la statistique dans les lycées (enseignants mathématiciens non formés en statistique ou utilisateurs, biologistes ou économistes sans bases suffisantes en mathématiques).
Vœu : l’A.S.U. constituée à Lyon souhaite avoir des représentants dans les diverses commissions qui élaboreront les programmes des futurs Instituts de formation des Maîtres dans toutes les disciplines où la statistique intervient.

Mai 1972 à Clermont-Ferrand (Le Conseil est reconduit)

Les thèmes majeurs retenus sont :
  • expériences de recyclage des professeurs du 2nd degré dans les IREM 
  • existence et programme du certificat de statistique en maîtrise d’enseignement 
  • utilisation du langage APL pour l’enseignement de la statistique 
  • un exposé scientifique    Janvier 1973 (voir en annexe le vœu, toujours actuel, émis par le bureau de l’A.S.U.)
En raison des nombreuses questions ou exposés au programme, il est prévu deux réunions en 1973.

Mai 1973 à Pau (4èmes Journées, an III de l’A.S.U.)

Thème majeur : Enseignement de la statistique. 
Renouvellement du Conseil : Président Georges Morlat; Secrétaire Henri Caussinus; Trésorier Guy Romier.

Novembre 1973 à Paris-Dauphine (5èmes Journées, an III de l’A.S.U.)

Il est intéressant de reproduire les thèmes de travail :
  • Lundi 19 nov. à l’ISUP : Enseignement de la Statistique dans les trois cycles d’enseignement supérieur : inventaire des enseignements actuels, des besoins, des débouchés.
  • Mardi 20 nov. à Paris-Dauphine : Formation permanente en statistique et Politique et programme d’action de l’A.S.U.
Pour diverses raisons, le principe de deux réunions générales annuelles ne fut pas repris. Ces réunions se poursuivront annuellement avec renouvellement statuaire des membres du Conseil lors d’une Assemblée Générale. Le Président élu annuellement sera régulièrement réélu pour un an sauf dans un cas (1980). À partir de 1974, la numérotation des Journées dépassera de deux unités celle de l’âge de l’A.S.U.

Évolution de l’A.S.U.

L’A.S.U. à sa création

Elle s’est donnée pour but (statutaire) de promouvoir l’enseignement de la statistique et d’assurer la représentation de ceux qui l’enseignent. Elle veut établir un lien entre les chercheurs en statistique répartis à travers la France dans les différentes Universités, Instituts ou Grandes Écoles, ou tout organisme comportant un centre de recherche en statistique (C.E.A., E.D.F.,...).
Pour ce faire, l’A.S.U. s’est donné au début deux moyens : ses journées et son bulletin qui devient la revue « Statistique et Analyse des Données » qui doit paraître trois fois par an et présenter des travaux originaux. Malheureusement, compte tenu de nombreuses difficultés et après une parution irrégulière, elle cessa de paraître en 1992.
Au cours des années, les adhérents non seulement croissent en nombre mais se diversifient en ce qui concerne leurs centres d’intérêt. L’enseignement et la recherche universitaires ne sont plus seuls et les applications des méthodes statistiques dans les domaines les plus variés fournissent de nouveaux membres très actifs. 
D’où la modification des statuts en 1987 avec changement de nom, tout en conservant le sigle : l’Association des Statisticiens Universitaires devient l’Association pour la Statistique et ses Utilisations, avec l’additif à son objet : « promouvoir l’utilisation de la statistique et ses développements méthodologiques, assurer la représentation de ceux qui la pratiquent et effectuent de la recherche dans ce domaine ».
Le siège social devient en 1981 : 4 place Jussieu - Paris 5ème. C’est en effet dans les locaux de l’ISUP que, depuis la présidence de Georges Morlat en 1973, l’A.S.U. trouve un « domicile » et quelques heures supplémentaires au secrétariat de l’ISUP. Il faudra attendre 1991 pour avoir une secrétaire à mi-temps et janvier 1994, pour pouvoir installer à l’Institut Henri Poincaré, 11 rue Pierre et Marie Curie à Paris dans le 5ème, un secrétariat et commencer à archiver les documents. Les locaux (deux bureaux) et une secrétaire sont communs à la Société de Statistique de France (SSF), la Société de Statistique de Paris (SSP) et son Journal, et la Revue de Statistique Appliquée (RSA) confiée à la S.S.F. mais gérée par l’A.S.U.
Pour cette installation à l’IHP, il faut noter l’aide financière de la Fondation « La Science Statistique » et l’aide « mobilière » de l’INSEE
Il est peut-être utile de rappeler que la Société de Statistique de France (SSF) fut créée par la Société de Statistique de Paris (SSP) dans le but de préserver le nom garant d’un destin national mais jusqu’en 1990, elle n’était qu’une coquille vide. après plusieurs appels dans le sens SSP-ASU ou ASU-SSP, Félix Rosenfeld et Georges Le Calvé, présidents respectifs de la SSP et de l’ASU, se mirent d’accord en faisant modifier les statuts de la SSF pour en faire une société totalement distincte de la SSP constituée de sociétés dont le centre d’intérêt comprend la statistique. Actuellement la S.S.F. comprend, en dehors de l’A.S.U. et de la S.S.P., la Société Française de Biométrie (section française de Biometrics Society), la Société Francophone de Classification, le groupe MAS de la SMAI et le Groupe des Membres Français de l’Institut International de Statistique. On doit au premier Président de la nouvelle SSF, Félix Rosenfeld, la mise à disposition de deux bureaux à l’Institut Henri Poincaré permettant l’installation, en janvier 1994, d’un secrétariat commun aux sociétés membres de la SSF ainsi que le siège de la Revue de Statistique Appliquée. La RSA était primitivement éditée par le CERESTA quand celui-ci, dans le cadre de l’ISUP, appartenait à l’Université de Paris (l’unique). La revue a quitté avec le CERESTA le sein de Paris VI qui n’avait pas su le garder dans le cadre de la formation permanente. Le CERESTA, vers 1992, s’est séparé de la revue et l’a confiée à la SSF. La RSA est devenue une association indépendante gérée par l’A.S.U. En 1995, Gilbert Saporta succède à Félix Rosenfeld à la présidence de la SSF.
Pour passer en revue les actions de l’A.S.U. et leurs extensions depuis 1970, on commencera par les Journées qui en furent le principal objectif dès sa création et qui continuent à être un élément primordial de sa vie.  

Les Journées de Statistique

Depuis la création de l'ASU et la première journée à Lyon en novembre 1970, les journées ont eu lieu régulièrement tous les ans (sauf en 1973 où il y eut deux réunions) dans une Université ou une Grande Ecole. Au cours de ces journées ont lieu l’Assemblée Générale avec les élections au Conseil et l’élection du Président par le nouveau Conseil.
Les exposés, au cours de ces journées, primitivement consacrés (ou presque) à l’enseignement, se différentient rapidement et bientôt la pédagogie laisse (presque) toute la place à l’exposé scientifique. Le nombre de communications scientifiques passe de 1 en 1971 à Orléans à plus de 150 réparties en 25 sessions en 1995 à Jouy-en-Josas. Parallèlement, la durée de ces « journées » a augmenté pour se fixer à quatre jours et demi, une demie journée étant consacrée aux « activités sociales ».
Le nombre de participants (43 à Lyon) était déjà de 70 à Montpellier en 1975 pour atteindre 300 toujours à Montpellier en 1984, 500 à Vannes en 1993 et l’on comptait 600 adhérents en 1994. Les journées sortent de l’hexagone. Dès 1982, en raison de l’amicale participation de nos amis Belges au sein même de l’A.S.U., les journées vont à Bruxelles et y reviennent en 1992. En 1987, c’est en Suisse à Lausanne et en 1994, à Neuchâtel. Bien mieux, il a été décidé que les journées de 1996 auraient lieu à l’Université Laval à Québec au Canada. L’élaboration d’une Charte de l’Organisation des Journées de Statistique de l’A.S.U. a été achevée en 1995.
Pour voir la localisation des Journées de Statistique et noms des Présidents élus à l'issue du renouvellement du Conseil : cliquez ici.

Journées d’Etudes en Statistique

Parmi les actions réussies de l’A.S.U., il faut citer les journées d’Etudes. Depuis 1984, est organisé tous les deux ans un cycle de cinq jours d’études sur un sujet déterminé. Le cadre est le C.I.R.M. (Centre International de Recherches mathématiques) qui appartient au C.N.R.S. avec la bénédiction de la Société Mathématique de France, localisé sur le campus de Luminy. Le nombre de participants (universitaires ou statisticiens des secteurs publics ou privés) est limité à 50. Ces journées ont été organisées à l’origine par J-J. Droesbeke, B. Fichet et Ph. Tassi. B. Fichet a été remplacé par Jeanne Fine en 1992, à qui a succédé Michel Lejeune en 1999,  Ph. Tassi a été remplacé en 1994 par G. Saporta.

Les sujets traités sont les suivants :

  • 1984 : Analyse des séries chronologiques
  • 1986 : Sondages
  • 1988 : Analyse statistique des durées de vie (données censurées)
  • 1990 : Modèles pour l’analyse des données multidimensionnelles
  • 1992 : Modèle ARCH et applications à la finance
  • 1994 : Inférence non paramétrique, statistiques de rang
  • 1996 : Plans d’expériences, applications industrielles  
  • 1998 : Méthodes bayesiennes en statistique  
  • 2000 : Modèles statistiques pour données qualitatives
  • 2002 : Analyse statistique des données spatiale
  • 2004 : Analyse de données longitudinales
  • 2006 : Approches non paramétriques en régression
  • 2008 : Modèles à variables latentes et modèles de mélange

Extension des actions de l’A.S.U.

Dès 1978, l’A.S.U. répondant à certaines avances de la Société de Statistique de Paris (SSP) lui ouvre ses journées (Nice) puis à d’autres associations comme la Société Francophone de Classification et surtout la Société Française de Biométrie (section française de la Biometrics Society). 

  • A l’étranger :  En 1981, l’A.S.U. est agréée comme membre de l’Institut International de Statistique (I.I.S.).
  • Plus particulièrement en Europe : En 1982, c’est sous son patronage qu’a eu lieu à Toulouse le 5ème Symposium (COMPSTAT) de la section européenne de l’International Association for Statistical Computing, section de l’IIS. 

A partir de 1982, l’A.S.U. prend une part active, par l’intermédiaire de quelques uns de ses membres, aux Conférences Internationales sur l’enseignement de la statistique (ICOTS) organisées par l’IIS puis par sa section l’A.I.S.E. (1982 : Sheffield, Angleterre ; 1986 : Victoria, Colombie Britannique ; 1990 : Dunedin, Nouvelle-Zélande ; 1994 : Marrakech, Maroc) aidée financièrement par la Fondation « la Science Statistique ».  
L’ECAS (European Courses on Advanced Statistics) créée à l’initiative de l’ASU et d’autres associations européennes organise tous les deux ans des cours sur le modèle des JES. L’ASU a organisé ainsi sous son patronage le cours sur les plans d’expérience en 1991 à Sète. L’A.S.U. propose, tous les deux ans, une bourse qui couvre les frais d’inscription et de séjour pour un étudiant travaillant sur le sujet concerné.
Patronage également des Écoles Modulad, en particulier sur

  • le traitement des enquêtes à Strasbourg en 1992 ;
  • les méthodes neuronales à Montpellier en décembre 1995 ;
  • les applications industrielles de l’Analyse des Données en 1998.

L'ASU a également eu une participation active aux Journées Internationales d’Analyse des Données Textuelles à Paris, en octobre 1993, à Rome en décembre 1995 et à Nice, en décembre 1998. 
Enfin, les communications lors d’un séminaire organisé par Ludovic Lebart, alors Président de l’A.S.U., ont conduit à l’édition par l’A.S.U. d’un livre sur « La qualité de l’information dans les enquêtes » (Dunod). 

Constitution et actions des groupes

La modification des statuts de 1987 stipule que « les membres peuvent se réunir au sein de groupes spécialisés destinés à encourager certains aspects de la statistique dans le respect des objectifs de l’Association ».  Les groupes organisent des journées à l’intérieur ou en dehors des Journées de l’A.S.U., des séminaires, des cours, des enquêtes.

Par ordre chronologique, et à titre d’exemples :

  • Le groupe Enseignement, Formation à la Statistique existe depuis la création de l’A.S.U. puisque son objet est l’un des buts inscrits dans les statuts de 1970. En dehors des exposés lors de toutes les Journées, il faut noter un travail qui mobilisa pendant plus de deux ans un groupe important de membres : la publication d’un livre blanc sur l’enseignement de la statistique en France qui vit le jour en 1991 et put paraître grâce à l’aide financière de la Fondation « la Science Statistique » et l’aide matérielle de l’IRISA de Rennes et au dévouement d’Anne-Marie Morin pour en assurer la publication. Ce fut un gros travail qui pour continuer à être utile devrait être actualisé presqu’en permanence.  Constitué en groupe en 1986, il organise des séances sur les films statistiques; il publie un petit journal « Statistiquement Vôtre » destiné entre autre aux enseignants du 2nd degré, il réalise un catalogue commenté des outils multimédia statistiques pour l’enseignement. C’est évidemment lui qui fournit les participants de l’A.S.U. aux ICOTS (voir plus haut).
  • Le groupe Biopharmacie qui s’est constitué dès 1986 a été l’un des inspirateurs de la reconnaissance statutaire des groupes en 1987. Sa première Assemblée Générale, à Lausanne cette année-là, groupe déjà 50 participants sous la présidence d’Andréas Zipfel, à qui succéda bientôt Jean-Christophe Lemarié. En 1992, ce groupe comprenait environ 250 membres partagés en sous-groupes de travail tels que :
    • Mesures repérées en plans déséquilibrés
    • Mesures répétées incomplètes
    • Somme des carrés types I, II, III, IV dans S.A.S.
    • Données catégorielles
    • Comparaisons multiples
    • Données de survie
    • Méthodes bayésiennes
    • Bonnes pratiques statistiques en pré-clinique
    • Bonnes pratiques statistiques en clinique
    • Data management.
    Depuis 1990, il organise des cours, participe en 1989 et 1993 au congrès « Statistical methods in Biopharmacy », en 1990 à l’organisation du module statistique pour le Diplôme Inter Universitaire : Développement clinique du médicament, en 1991 à la constitution de E.F.S.P.I. (European Federation of Staticians in the Pharmaceutical Industry) qui est lancée en 1992. En 1992, il participe à la formation d’étudiants de I.S.U.P. et de la Faculté de Pharmacie de Chatenay-Malabry. Il participe également à une journée sur " les Statistiques et la recherche clinique « organisée par " Médicament et Santé ». 
    En dehors de communications présentées aux Journées de l’A.S.U. depuis 1987, il publie essentiellement dans « Statistics and medicine ».
  • Le groupe Qualité-Fiabilité a pour but, depuis 1992, de mettre en relation les personnes (universitaires, ingénieurs, professionnels, ...) qui travaillent dans ces domaines, de favoriser la synergie Université-Industrie, de travailler à la diffusion des outils statistiques et probabilistes de la qualité, de la fiabilité et de la sûreté du fonctionnement, du niveau le plus élémentaire jusqu’aux derniers développements de la recherche.  Il organise une session dans le cadre des Journées de l’A.S.U. chaque année et, une ou deux fois l’an, une journée consacrée à un thème particulier :
    • 1992 : logiciels de la statistique pour la qualité
    • 1993 : nouveaux outils de la M.S.P. et logiciels de la fiabilité
    • 1994 : plans d’expériences pour l’amélioration de la qualité (80 participants)
    • 1995 : fiabilité des logiciels et application des statistiques multivariées dans le cadre du contrôle qualité et de la M.S.P.

Dissolution

L'ASU a été dissoute en décembre 1998 à la suite de la fusion avec la SSP et la SSF et de la reconnaissance d'utilité publique de la SFdS.