[SFdS] MédiaStat n° 11 (janvier 2026). La statistique au coeur de l'actualité !


Les médias traitent d'une multitude de sujets d'actualité où la Statistique est largement impliquée. Cependant, dans de trop nombreux cas, il n'est pas facile d'identifier ce rôle central de notre discipline par des non experts, ainsi que ses implications au sens large. Cet état est préjudiciable au rayonnement légitime de la Statistique puisqu'elle est, de fait, mal identifiée par le grand public, les décideurs publics, les entrepreneurs, etc.

MédiaStat correspond à une initiative de la SFdS visant à apporter un éclairage de statisticien.ne.s sur un sujet d'actualité ciblé, extrait du flot médiatique.

Les Groupes Spécialisés (GS) ainsi que les membres du Conseil de la SFdS sont des contributeurs privilégiés pour MédiaStat mais chaque membre de la SFdS doit se sentir libre d'y contribuer également en écrivant à la Cellule Communication de la SFdS.

Ce mois-ci, il est question du modèle français de réassurance des risques naturels.

Très bonne lecture !



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MédiaStat n° 11 (janvier 2026)

Risques naturels : garantie de l’Etat et mutualisation au cœur du modèle français de réassurance

Le coût assurantiel des risques climatiques en France a été multiplié par 4 entre les années 80 et ces 5 dernières années. Les risques naturels ont toujours existé mais leur fréquence et leur intensité augmentent avec le changement climatique. Inondations, retrait gonflement des argiles (RGA), affaissements ou glissements de terrain, retrait du trait de côte sont des phénomènes qui prennent une importance croissante pour les assurés.

Le Café de la Statistique du 18 novembre a abordé la modélisation assurantielle des risques naturels et le rôle de la CCR, avec Charles Dumartinet, Directeur Actuariat et Modélisation de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR).

L’assurance joue un rôle majeur pour aider la société à atténuer les conséquences financières de la survenance des risques naturels. Pour fonctionner en mettant en œuvre une mutualisation soutenable dans l’espace et dans la durée, l’assurance a besoin de bien connaître ces risques naturels. Pour évaluer à la fois les probabilités de survenance et l’ampleur des sinistres possibles, elle met en œuvre une modélisation des risques et des biens à couvrir.

En France la CCR, qui est une société anonyme dont le capital est entièrement détenu par l'Etat, joue un rôle clef : par un dispositif de réassurance mutualisée, elle garantit une indemnisation adéquate et abordable aux particuliers, aux entreprises et aux collectivités locales pour les dommages matériels causés par des phénomènes naturels. Pour agir comme réassureur mais aussi comme conseil en prévention et adaptation aux risques naturels, la CCR est à la pointe de la connaissance des risques naturels, avec ses capacités de modélisation physique, actuarielle et économique.

La CCR est au cœur d’un modèle français de couverture mutualisée bien spécifique : forte implication de la puissance publique avec une garantie de l’Etat illimitée pour la couverture CCR et inclusion obligatoire de la garantie CatNat dans les contrats d’assurance couvrant les dommages aux biens à un prix mutualisé et régulé, complétée par des réassurances de marché.

Du fait de la montée des risques, la CCR fait face à de nombreux défis :
• défis méthodologiques, tout d’abord : passer d'une approche purement statistique à une approche mixte statistique et géographique, faisant appel non seulement à des actuaires et des statisticiens, mais également des climatologues, météorologues et experts en systèmes d'information géographique pour enrichir les modèles de risque. Concernant spécifiquement le risque lié au RGA, des efforts de recherche explorent des alternatives à la solution des micro-pieux, par exemple l'injection de résine ou la réhydratation de l'argile, avec une expérience sur 200 maisons en cours de développement
• défis sur son périmètre d’intervention ensuite : au-delà des risques naturels, la CCR peut ou pourra être conduite à intervenir sur d’autres types de risques : par exemple, les émeutes qui peuvent se propager plus rapidement maintenant grâce aux réseaux sociaux et qui doivent faire l’objet de modélisations améliorées par rapport à des calculs de dommages basés sur les émeutes de Los Angeles en 1992. La CCR doit aussi évaluer les risques émergents, comme les cyberattaques, mais aussi améliorer ses modèles pour des risques à fréquence plus faible comme les accidents nucléaires ou les pannes d’énergie. Les exemples du Texas en 2021 ou celui de l’Espagne plus récemment soulignent la montée de risques systémiques qu’il est nécessaire de mieux appréhender et sur lesquels la CCR pourrait être conduite à jouer un rôle.

La montée des risques a conduit l’Etat à augmenter le prix de la garantie CatNat, passée de 12% des primes d’assurance à 20% début 2025 pour les assurances habitation. Comme dans d’autres domaines, la question de la soutenabilité du modèle français se pose. Dans l’hexagone, les habitants bénéficient de l’une des couvertures les plus complètes au monde. Nul doute que ce modèle privilégiant la solidarité plutôt que la prévention par le prix continuera à être mis à l’épreuve par le changement climatique.

Le Bureau du GS Statistique et Enjeux Publics de la SFdS

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