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Ce mois-ci, il est question de l'impact économique de l’immigration.
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MédiaStat n° 14 (avril 2026)
Impact économique de l’immigration : ce que disent les données
L’immigration s’est imposée ces dernières années comme un thème majeur du débat public. Le premier marqueur de la politique de Donald Trump est l’immigration zéro. Les débats autour du Brexit y ont été largement consacrés. D’autre dirigeants, au Danemark, en Italie, en Hongrie… en font un fondement de leurs politiques. Le Rassemblement National en France met, de longue date, la réduction du nombre d’immigrés en tête de ses priorités. Le débat de l’immigration ne se réduit pas à son impact économique : l’intégration des immigrés et de leur descendance est aussi une des composantes du débat. Mais l’aspect économique est essentiel.
Le Café de la Statistique du 10 février 2026 a débattu de l’impact économique de l’immigration. Ekrame BOUBTAME, chercheure associée à l’École d’économie de Paris, a cadré le débat en présentant le résultat des études qui ont été réalisées sur le sujet. Il existe en effet une production académique substantielle, qui s’est intéressée à l’impact de l’immigration sur le PIB1 par habitant (donc, sur le niveau de vie moyen), sur le marché du travail et sur les finances publiques. Loin des débats médiatiques sur les chaînes d’information en continu, l’ensemble de ces travaux converge vers un impact positif, à moyen terme, de l’immigration sur toutes ces dimensions.
Cet impact est calculé à partir d’études économétriques sur longue période. Menées séparément sur 22 pays de l’OCDE2, ou des pays spécifiques (Allemagne, France, Norvège…), elles concluent à un effet positif de l’immigration sur le PIB par habitant. Une des raisons de cet impact positif vient de l’effet de l’immigration sur le marché du travail, avec une augmentation du taux d’emploi et une baisse du taux de chômage : les immigrés occupent des emplois complémentaires à ceux des natifs. Ils s'insèrent dans les emplois non pourvus et dans les secteurs en tension. Par ailleurs, la structure par âge des immigrés est favorable : 80 % des immigrés sont en âge de travailler. Ils arrivent déjà formés, contribuent au financement des retraites et augmentent la part des actifs, ce qui a un effet bénéfique dans des pays à population vieillissante.
L’impact sur les finances publiques est lui aussi favorable. Les recettes fiscales par habitant augmentent, alors que l’effet sur les dépenses est neutre : l’augmentation des dépenses familiales est compensée par une réduction des dépenses de retraite par habitant.
Ces effets positifs s’observent aussi selon le type d’immigration : pour l’immigration familiale, les étudiants ou les demandeurs d’asile, les conclusions sont identiques. En revanche, les études ne prennent pas en compte l’immigration illégale. Rappelons que les estimations à ce sujet indiquent qu’elle représenterait environ 10% du total des étrangers en France.
Il n’est pas rare qu’il y ait une dissonance entre les faits et les perceptions d’une partie de la population. C’est vrai pour les questions climatiques ; mais cette dissonance est particulièrement prononcée pour les questions d’immigration. Un GIIEI3 pourrait-il apaiser et rationaliser le débat, comme cela a été la mission du GIEC4 ?
La France, avec 8,8% d’étrangers - les immigrés, qui intègrent les naturalisés, représentent 11,3% - accueillis dans le pays, est un peu en-dessous de la moyenne de l’Union Européenne (9,0%), en-dessous aussi de l’Allemagne (14,5%) ou la Belgique (13,8%). L’Italie est à peu près au même niveau. Dans le même temps, le PIB par habitant, ramené à 100 en moyenne pour l’UE est à 115 en Allemagne, 117 en Belgique, 99 en France et 98 en Italie. Le fait qu’aucun parti politique ne s’empare de ces chiffres montre combien le débat public sur le sujet est irrationnel.
Le Bureau du GS Statistique et Enjeux Publics de la SFdS
(1) PIB : Produit Intérieur Brut
(2) OCDE : Organisation de coopération et de développement économiques
(3) GIIEI : Groupe d'experts intergouvernemental sur l'impact économique de l'immigration
(4) GIEC : Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat |